Notre histoire

Mis sur pied en 1987, le système de retraite Bâtirente est une institution unique au Québec dont la construction a été rendue possible grâce à la conviction de bâtisseurs précurseurs et avant-gardistes.

L’histoire de ce qui deviendra le système de retraite des membres syndiqués de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) commence au moment où le Québec traverse une crise de l’emploi. Le début des années 1980 voit le déclin des grandes multinationales des secteurs primaire et manufacturier qui offrent à leurs travailleurs et travailleuses des régimes de retraite à prestations déterminées. Ces multinationales sont remplacées par des PME qui n’ont pas les moyens financiers d’en offrir. À l’aube de son 52e congrès en 1984, la CSN conduit une étude qui révèle que 42 % des conventions collectives ne comportent pas de clauses dédiées à la retraite et que parmi les syndicats qui ont accès à un régime supplémentaire de rente, 40 % des membres sont insatisfaits, car ils jugent leur bénéfice insuffisant, et à peine 30 % des régimes sont sous contrôle syndical. C’est là que s’amorce la réflexion sur cet important enjeu et que l’histoire de Bâtirente commence.

Mobilisation autour de la retraite

La CSN entame donc sa réflexion autour de la retraite, et des discussions s’engagent lors de son congrès de 1984. Le besoin de trouver des solutions pour que les travailleurs et travailleuses aient accès à des fonds de pension est évident. La centrale syndicale mobilise ses experts autour du sujet et adopte la proposition de mettre sur pied un REER collectif pour ses membres. Le projet est adopté par le conseil confédéral en 1985 et le REER Collectif Bâtirente prend forme le 23 septembre 1987 avec la signature d’un premier contrat de rentes collectives avec SSQ Vie. Cette même année, le Syndicat national des produits chimiques de Valleyfield (Expro) sera le tout premier groupe à mettre sur pied un régime de retraite Bâtirente.

Lors du 54e Congrès de la CSN en 1988, Bâtirente tient sa première assemblée générale des représentantes et représentants des groupes afin d’élire son premier conseil d’administration. Il est composé de : Jacques Allard du syndicat d’entretien de la STCUM; Léopold Beaulieu, trésorier de la CSN; Mario Dokianakis du Syndicat des employés Le Grand Hôtel; François Grondin du STT de Bonaventure (CSN); Pierre Giordani du STT de l’hôtel des Gouverneurs Place Dupuis; Gérald Larose, président de la CSN; Réal Picard du STT de Beauce Atlas; Claude Rioux de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du papier et de la forêt et Daniel Simard de la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP-CSN).

Lancement du REER collectif Bâtirente avec la signature d’un premier contrat de rentes collectives avec SSQ Vie en 1987. De gauche à droite, Léopold Beaulieu et Gérald Larose, respectivement alors trésorier et président de la CSN.
Première assemblée générale de Bâtirente à l’occasion du 54e Congrès de la CSN en 1988. De gauche à droite : Jacques Allard, Léopold Beaulieu, Jean-Claude Tremblay de SSQ et Claude Rioux.
Premier conseil d’administration en 1988.

Développement de la vision

Les premiers bâtisseurs développent une vision novatrice des régimes de retraite. En effet, Bâtirente prend le pari d’offrir des régimes performants basés sur la capitalisation grâce, notamment, à une approche unique axée sur la mutualisation de la tarification. Dans ce système, les syndicats jouent un rôle très important, car ils y sont au cœur et ils doivent s’approprier la gestion de leurs régimes.

Bâtirente crée une offre de services d’instruments d’épargne-retraite destinée à l’ensemble des membres de la CSN et utilise le levier de la négociation collective pour aller chercher des régimes dits « de capitalisation », une approche bien connue aujourd’hui, mais avant-gardiste pour l’époque. Il s’agit de véritables mutuelles de travailleurs, conventionnées et gérées par les syndicats, agissant dans l’intérêt financier de leurs membres actifs et retraités.

Genèse de la corporation

En 1995, Bâtirente devient un organisme à but non lucratif et une mutuelle de services qui retourne ses profits en offrant une gamme de services étendue à ses membres, mais aussi, et surtout, en baissant le taux de frais de gestion payé par ses groupes. Chez Bâtirente, ce taux diminue avec l’augmentation de la taille du groupe et de son actif, stratégie permettant de fidéliser les membres et d’en attirer d’autres.

Daniel Simard est nommé coordonnateur général de la corporation en 2000. Rapidement, cette dernière prend de l’ampleur en nombre de syndicats participants et d’actif sous gestion.

Au fil du temps, des demandes des syndicats et des innovations législatives, Bâtirente ajoute à son offre de services des régimes de capitalisation comme le régime de retraite simplifié (RRS), le régime de participation différée aux bénéfices (RPDB), le régime de retraite interentreprises (RRI) pour répondre aux besoins des syndiqués de juridiction fédérale et des autres provinces, le compte d’épargne libre d’impôt (CÉLI), ainsi que des régimes de décaissement, soit le fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) et le fonds de revenu viager (FRV).

En 2011, Bâtirente crée Trajectoire, stratégie de placement clés en main et Planirente, service d’accompagnement personnalisé et de planification des revenus à la retraite. Bâtirente fait à nouveau preuve d’innovation. En effet, Planirente offre des outils de décaissement aux membres retraités, ce qui permet d’accroître la taille du système et les actifs sous gestion et réduit les frais de gestion pour l’ensemble des membres. De plus, les membres qui prennent leur retraite peuvent demeurer dans leur groupe et bénéficient ainsi de frais de gestion significativement inférieurs à ceux du marché au détail, ce qui se répercute directement sur le niveau de leurs prestations.

L’équipe Bâtirente en 2005 : Martin Blais, conseiller en rentes collectives; Hélène Gariépy, agente de bureau; Henri Jalbert, conseiller, communications; Pierre Patry, président du conseil; Daniel Simard, coordonnateur général; Laetitia Tankwe, analyste, risques financiers; Alain Ayotte, conseiller en rentes collectives.

Responsabilité fiduciaire

L’importante question de la responsabilité fiduciaire s’impose très vite, car un système de retraite issu d’un mouvement social comme celui de la CSN doit gérer les capitaux confiés par ses membres selon les valeurs d’équité, de justice et de démocratie économique qui lui sont propres.

Bâtirente se penche sur l’investissement responsable dès la fin des années 90. Sous l’impulsion de Daniel Simard, Bâtirente s’intéresse à l’influence que peut avoir l’actif sous gestion des membres sur le comportement des compagnies dans lesquelles il est investi. Il étudie la question des changements climatiques en misant sur le fait que le monde de la finance peut être mobilisé au nom de l’intérêt commun, surtout lorsqu’on parvient à de grands consensus comme celui de l’Accord de Paris (COP21). Avec des efforts en engagement actionnarial, Bâtirente met la lumière sur des enjeux dont on parlait peu jusque-là : la diversité, l’inclusion, les paradis fiscaux ou le droit des peuples autochtones, pour s’assurer que les compagnies dont il est actionnaire soient de bons citoyens corporatifs.

Investissement responsable et engagement actionnarial

En 2005, Bâtirente est parmi les premiers régimes de retraite québécois à incorporer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à sa politique de placement par l’entremise de sa Déclaration sur les principes et les procédures en matière de responsabilité sociale et de gouvernance d’entreprise et les Lignes directrices sur la gestion des risques extrafinanciers. Pierre Patry, trésorier de la CSN et président du conseil d’administration de Bâtirente pendant 17 ans (2004-2020), joue un rôle important dans l’intégration de l’investissement responsable au sein de la corporation.

Au même moment, les Principes pour l’investissement responsable (PRI) sont sur le point d’être lancés à New York. Daniel Simard se rend au printemps 2006 à la Bourse de New York afin que Bâtirente soit parmi les 26 premiers signataires des PRI aux côtés de grands fonds mondiaux. Par la suite, il va y siéger jusqu’en 2015 et a suscité la création du Réseau PRI Québec et de la Francophonie des PRI. Bâtirente a également été l’un des initiateurs du Réseau québécois d’investisseurs responsables lancé lors du Colloque québécois sur l’investissement responsable, qui s’est tenu à Montréal en 2013.

Kofi Annan, alors secrétaire des Nations unies, et Daniel Simard lors de la cérémonie de lancement des Principes pour l’investissement responsable à la Bourse de New York en 2006.
Bâtirente a été l’un des instigateurs du Réseau québécois d’investisseurs responsables lancé lors du Colloque québécois sur l’investissement responsable, qui s’est tenu à Montréal en 2013.
En septembre 2014, Bâtirente devient l’un des premiers signataires de l’Engagement de Montréal sur le carbone, qui implique de mesurer et de divulguer annuellement l’exposition de ses portefeuilles au risque carbone, mais aussi de considérer les diverses façons de mitiger ces risques, voire de miser sur les nouvelles opportunités d’investissement.

En 2016, en partenariat avec le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises (RRSE), Bâtirente fonde Æquo, Services d’engagement actionnarial, avec pour objectif de rendre ces services accessibles à la communauté québécoise de l’investissement institutionnel. Les deux cofondateurs misent sur le fait qu’en mobilisant davantage de capitaux dans cette pratique, Æquo amplifiera l’impact de l’engagement actionnarial et permettra à l’investissement responsable de poursuivre son essor.

En 2020, Bâtirente dévoile un engagement pour le climat avec 4 objectifs sur 5 ans : réduire de 50 % son exposition au risque climatique, doubler ses investissements dans la transition grâce à l’investissement d’impact, cibler son engagement actionnarial pour améliorer la performance climatique des entreprises et, enfin, collaborer avec ses partenaires pour la transition vers une économie sobre en carbone. En 2021, le bilan de cet engagement se révèle positif et encourageant, et les objectifs sont en voie d’être atteints pour 2025.

Reconnaissance envers nos racines

Lors de l’assemblée générale annuelle du 16 octobre 2020, Bâtirente annonce la création d’un tableau d’honneur en hommage aux Bâtisseurs et Bâtisseuses de l’organisation, afin de souligner les réalisations de celles et ceux qui permettent à Bâtirente de réaliser sa mission avec succès aujourd’hui. Léopold Beaulieu y est inscrit comme premier Bâtisseur. Ancien PDG de Fondaction et un des fondateurs de Bâtirente, il quittait le conseil d’administration après y avoir siégé sans interruption pendant 33 années.

Le 18 juin 2021, Bâtirente inscrit deux autres personnes au Tableau des Bâtisseurs et Bâtisseuses, lors de son assemblée générale annuelle. Il s’agit de Jacques Allard, inscrit à titre posthume, qui a siégé au conseil d’administration de 1987 à 2001, et de Claude Rioux, qui y a siégé de 1987 à 2004.

Inauguration en 2020 du Tableau des Bâtisseurs et Bâtisseuses afin de souligner les contributions exceptionnelles de ceux qui permettent à Bâtirente de poursuivre sa mission avec succès aujourd’hui.

Transition vers l’avenir

En 2020, après une longue carrière à titre de trésorier de la CSN, Pierre Patry prend sa retraite, quittant ainsi la présidence de Bâtirente après 17 années. Bâtirente lui rend hommage dans l’édition 2020 de son rapport annuel. Yvan Duceppe, élu trésorier de la CSN en janvier 2021, est élu dans le cadre de l’assemblée générale annuelle pour poursuivre le mandat de Pierre Patry.

À l’automne 2021, après plus de 25 ans à la direction générale, Daniel Simard annonce au conseil d’administration son intention de prendre sa retraite en juin 2022. Éric Filion, directeur de l’exploitation depuis l’automne 2016, est désigné pour assurer la relève à titre de directeur général. Éric Filion forme un comité de direction composé de Marie-Claude Baker Prud’homme à titre de directrice, finances, gouvernance et gestion des risques, de Vickie Lavoie à titre de directrice de l’exploitation et de Hélène Marcoux à titre de directrice du développement.

Le 15 juin 2022, lors de son assemblée générale annuelle, Bâtirente rend hommage à Daniel Simard, qui raconte son parcours de militant passionné dans le rapport annuel 2021. Il est également inscrit au Tableau des Bâtisseurs et Bâtisseuses et y rejoint trois personnes qui, tout comme lui, ont permis de réaliser avec succès la mission de l’organisation.

 

 

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